Épisode 8

SAMEDI 6 JANVIER

La côte qui descend au sud après Barra da Tijuca est très découpée et porte le joli nom de Costa Verde.

La “Côte Verte” mérite bien son nom. Après avoir taillé à travers une vaste mangrove, la route se tortille au pied des montagnes couvertes d'une jungle épaisse. Les restes de la Mata Atlantica.

Et les criques de sable blond se succèdent dans les creux au pied des montagnes, il paraît qu'il y a plus de 2000 plages sur le tronçon de côte entre Rio et São Paulo. Et quelques centaines d'îles dont la plus grande “Ilha Grande” (pas beaucoup de créativité pour le nom!) monte à 1000 mètres et fait la taille d'un grand département français.

Nous faisons halte déjeuner à Conceição de Jacareí. C'est le weekend, les plages sont remplies, bon en fait elles sont tout le temps remplies au Brésil.

L'envahissement humain de la côte n'empêche pas les grosses tortues de batifoler aux abords.

La route côtière coupe à travers la jungle. C'est vert de vert! 

Et puis nous bifurquons pour nous enfoncer vers la Ponta Leste où nous attend notre pousada. Au bout du monde! Il faut même laisser notre voiture de tourisme et nous transférer dans le pick-up de la pousada venu nous chercher pour finir sur une piste scabreuse à travers la jungle. 

Et nous arrivons là ! Ça en jette mais…

…mince, le paradis est juste à côté d'un terminal de tankers pétroliers 😱😂!

Qu'à celà ne tienne, nous partons explorer les recoins de la côte sauvage. La petite plage de Maceió et ses pêcheurs isolés où la jungle enserre le sable donne une idée de ce qu'ont pu voir les explorateurs portugais lorsqu'ils ont découvert le Brésil sauvage.

On ne nous changera pas, en tongs et maillots de bains nous nous enfonçons dans la luxuriance de la Mata Atlântica le long d'un petit sentier de hasard.

Jusqu'à une autre alcôve, semi-privée. A l'horizon, Ilha Grande. Fin du sentier.

Notre Pousada est dans le recoin de la côte derrière la petite plage du fond de la photo.

Le terminal pétrolier est à droite mais, comme dit João: “Il suffit de regarder du bon côté, comme dans la vie”...

…et tout semble plus beau 😜!


DIMANCHE 7 JANVIER

Toujours pas de vent pour le wingfoil. Zut! João se morfond, enfin pas trop quand même car…

…la pousada a des canoës et des masques tuba…alors nous partons gaillardement le long de la côte, mais pas trop loin quand même parce que ça ondule fort et Mumu a très peur de l'eau. D'ailleurs elle a même le mal de mer sur un canoë. Faut le faire quand même 🤔!

Nous accostons dans une jolie crique semi-privée avec une résidence de rêve déserte.

Et malgré le ciel couvert, l'aquarium au milieu des rochers est enchanteur. Ça regorge de coraux et de poissons. 

Déjà la veille João s'était émerveillé des coraux multicolores façon fleurs aquatiques juste au pied de notre pousada. Hélas il avait loupé la visite tardive des grosses tortues. Mais, à la nuit tombée, le banc de poissons volants ne nous avait, lui, pas échappé.

Journée farniente sinon. La pousada a aussi une guitare à disposition alors on en profite pour réviser.

Faute de vent…


LUNDI 8 JANVIER

Grand ciel bleu et petite brise au réveil. João décide de se mettre à l'eau avec son wingfoil avant le petit déjeuner. Il est en manque !

Peine perdue, il fait un bord sans pouvoir décoller et renonce. Pas assez de vent!

Mais sans trop de regrets car le snorkeling est enchanteur avec le soleil déjà bien haut à 9h. Poissons multicolores et coraux tels des massifs de fleurs jaunes, bleues, oranges et rouges nous récompensent de notre plongeon matinal. Ça ressemble à ça…

Le terminal pétrolier ne génère absolument aucune pollution au vu de l'eau cristalline. Comme quoi… 🤔

Après ce bain matinal, nous sommes parés pour plus de 5 heures de route direction Jacareí, petite ville lovée entre la mégalopole de São Paulo et São José dos Campos, où habitent mon amie Rita et sa famille.

Une chaîne de montagnes couverte de jungle forme une barrière imposante entre la côte et l'intérieur de l'état de São Paulo. 

Après avoir longé la côte jusqu'à Paraty, nous en entamons la traversée.

La route souffre des dégâts de pluies diluviennes et d'une intense circulation vers les plages, avec circulation alternée sur certains tronçons.

Cette chaîne de montagnes est un Parc National, qui abrite un des rares reste de la biosphère de la Mata Atlântica du Brésil d'origine. 

Les panneaux affichant toutes sortes d'animaux sauvages peuplant la jungle se succèdent…

…ainsi que les passerelles destinées à aider toute cette faune à circuler sans traverser la route, faut y croire!

La route monte sans pitié à travers la jungle épaisse. Ça grimpe et tourne dru! En moins de 20km nous passons du niveau de la mer à un col à 1500m!!! C'est époustouflant!

Et là on trouve…un restaurant gastronomique, avec comme spécialités : les truites et les framboises, cultivées sur place parce qu'ici il fait frais (relativement!), et préparées en boissons, en sauces, en vinaigres et desserts (les framboises, pas les truites 😜)…miam!

Autant la jungle recouvrait la montagne d'une épaisse et magnifique luxuriance côté mer, autant la descente de l'autre face vers la vaste vallée de Paraiba est champêtre. Plus de jungle, rasée il y a longtemps, des champs, des pâturages. Le contraste est frappant.

Nous voici dans la région économiquement la plus riche du Brésil. Bientôt nous entrons dans les zones hyper urbaines. 

Mais nous échappons vite au peu de charme de la ville pour pénétrer dans l'univers du Brésil aisé.

Mon amie Rita et son mari José vivent dans une belle maison d'un vaste condominium de résidences cossues bien à l'abri derrière de hauts murs et un imposant portail d'entrée gardé 24h/24h. 

Ici c'est le Brésil des classes sociales affluentes et on a l'impression d'être dans les quartiers chics des USA.

Quel bonheur de revoir Rita que j'ai connue par mon travail avec Embraer le fabricant d'avions brésilien. Celà fait 6 ans que nous ne nous sommes pas vues. Je rencontre enfin son adorable mari José et leur fils adoptif Alessandro.

Accueil formidable autour d'un excellent dîner avec sa famille réunie pour la circonstance, sœur et beau-frère, neveux. 

Une chouette ambiance qui nous tient tous à rire et discuter jusqu'à…1h du matin.


MARDI 9 JANVIER

Le condominium de Rita et José est un monde à part avec salle de fêtes, terrain multisports, piscine, centre de fitness… Il contient même un parc où nous partons faire une balade.

La journée est torride et l'ombre de la bambouseraie est la bienvenue. Il y a même un lac dont nous faisons le tour.

Cherchant à nous rafraîchir, nous plongeons dans la piscine, peine perdue, l'eau est chaude!

La différence avec les condominiums américains aisés, c'est la variété des architectures. Chaque maison a son style alors qu'aux USA elles sont toutes uniformes. Mais c'est toujours du grand et luxueux.

Les rues sont tranquilles. Les enfants peuvent s'amuser sans contrôle parental dans cet univers hyper sécurisé, d'une maison à l'autre, entre piscine, vélo, foot et pêche dans le lac.

Nous quittons Rita et José en milieu d'après-midi pour prendre la direction de l'île d’Ilhabela (Belle Ile) où ils ont une maison de vacances qu'ils nous laissent pour quelques jours. Nous devions y passer du bon temps ensemble mais hélas, José a été diagnostiqué avec une tumeur agressive il y a peu et tous nos plans en ont été chamboulés au dernier moment. Demain il doit commencer une chimiothérapie. Ils ont insisté pour que nous venions les voir quand même et que nous profitions de leur paradis d’Ilhabela.

Mais c'est le coeur lourd que nous les quittons, inquiets de la suite des évènements pour eux.

Suivant leurs instructions détaillées, nous arrivons après 2h30 de route à l'embarcadère du bac pour Ilhabela. Temps d'attente annoncé: 210 minutes, oui oui c'est bien ça!!! On le savait d'avance, prévenus par José et Rita; aucun moyen d'y échapper, c'est la cohue des grandes vacances brésiliennes et même en tournant 24h/24h, les bacs n'arrivent pas à fournir.

On prend notre mal en patience et finalement notre attente ne sera QUE de 150 minutes 🤪


MERCREDI 10 JANVIER

La maison chalet de villégiature de Rita et José dans Ilhabela est superbe. Toute de bois et baies vitrées elle est nichée dans la nature exubérante de cette île paradisiaque. Quelle chance nous avons!

Notre première visite est pour les cachoeiras (cascades) et surtout le sentier de randonnée à travers la jungle qui y mène.

Ilhabela est la plus grande île continentale du Brésil, avec des monts atteignant 1400m. Mais surtout 85% de sa surface est protégée par un parc et on y trouve encore un peu de forêt primaire et une diversité de ces grands arbres que nous aimons tant. Derrière moi, un jequitiba s'élève, immense et couvert d'épiphytes, il a 400 ans!

Il fait plus de 30°C aujourd'hui et évidemment l'humidité tropicale en plus. Nous sommes vite dégoulinant de sueur à monter le sentier dans la jungle. Mais l'eau des cascades est délicieusement fraîche. Le bonheur!

On adore la présence des rois majestueux de la forêt.

Et bien sûr, nous randonnons en tongs et maillots de bains. Mais nous avons pris soin de nous badigeonner d'anti-moustiques car l'île en est infestée.

Et en particulier autour des Cachoeiras pullule un infernal petit vampire: le borrachudo! Une espèce de petit moucheron dodu qui pique jusqu'au sang. A chaque baignade, il faut se rebadigeonner d'anti-moustiques puissant. La bestiole est aggressive. C'est le seul bémol à notre bien-être. 

Avant la fin de la journée nous partons tout de même voir les plages, côté continent. Celles du côté océan sont sauvages et sans accès pour les voitures de tourisme. Demain nous irons les voir en bateau.

Tout le rivage le long de l'île est très animé avec des cabanes bar restaurant, des activités et commerces divers, la vie brésilienne quoi!

Pour conclure cette première journée, on s'est fait avoir…par le borrachudo. Et pourtant Rita et José et tous les brésiliens de rencontre nous avaient prévenu sur la bête infernale. 

Mais les piqûres semblaient anodines alors on a arrêté de se badigeonner d'anti moustiques, et voilà, quelques heures après, ça brûle, ça gratte. L'enfer, pire que le moustique, nous sommes couverts de boutons à cause d'une paresse de tartinage de quelques minutes au coucher du soleil! Il a gagné la première bataille le microvampire! 

“Où sont les îles enchanteresses…” comme le chantait Dutronc!


JEUDI 11 JANVIER

Consciencieusement badigeonnés d'anti-moustique et bien couverts contre le soleil, nous embarquons dans le gros hors-bord pour une journée de découverte de l'île.

Ilhabela fait deux fois la taille de l'île d'Oléron et s'élève jusqu'à 1400 mètres tout de même. Il y a de quoi passer une vie d'exploration avec tous les recoins de côte et de relief.

La mer est plutôt calme; on longe d'abord les plages de la ville.

Petit à petit, nous quittons les plages urbaines et découvrons le côté “sauvage”.

La première crique s'appelle Praia da Fome, plage de la faim ; les esclaves arrivés d'Afrique (ceux qui survivaient) restaient sur cette plage pour être nourris et remis de leur état famélique avant d'être emmenés ensuite dans les plantations sur le continent. 

https://maps.app.goo.gl/gqnHxA1JmPPGXDY16

L'eau y est transparente et nous profitons de notre masque et tuba pour y admirer la vie marine.

Un peu plus loin nous nous arrêtons sur une autre plage, Praia do Eustáquio.

C'est repartis pour une visite sous-marine.

Mumu voit même une murène ! Elle manque de s'étouffer en essayant de m'appeler. La bestiole a eu le temps de disparaître dans son trou du coup.

Une forêt tropicale au pied de la mer. Ça jette 😜

Pour finir la séance bateau (une sorte de gros zodiac pour 30 personnes) nous accostons sur la célèbre Praia dos Castelhanos. Il était temps car Mumu est déjà un peu malade; la mer bouge de ce côté de l'île.

https://maps.app.goo.gl/LpAxykTkU9xfciXJ6

C'est la grosse saison touristique ici et ça se voit.

Nous ne rencontrons pas un seul européen encore une fois ; les Brésiliens intrigués de mon accent et de celui de Muriel (bien plus charmant) nous demandent vite nos origines.

On l'appelle aussi la plage du coeur ❤️. On voit bien pourquoi:

Les nuages arrivent, le temps va changer demain.

Allez, un petit plouf avant de monter sur les 4x4 pour le retour à travers l'intérieur de l'île.

Et c'est parti pour les 17km de piste; 1h30 tout de même car ça monte et descend sec!

On se croirait dans Jurassic Parc, on a même droit au coup de la panne! Pas de tyrannosaures heureusement 😂

Le col est à 700m, on a perdu 3°C et gagné une belle vue sur cette belle forêt de la Mata Atlantica. 


VENDREDI 12 JANVIER

On se lève avec la pluie. Chouette.

On va pouvoir se balader dehors sans chapeau, lunettes de soleil, et crème solaire!

Après une matinée farniente et lecture, le temps que la pluie s'arrête, on part faire un tour vers le sud de l'île. Il y a une petite brise et j'essaye de trouver un spot. Non, décidément cette partie du Brésil est très calme, pas de vent ici, alors que ça souffle encore pas mal vers le Cabo Frio, 300 km au nord, là où nous avons démarré notre trip !

On se promène, et j'en profite pour regarder de plus près cette exposition de grandes statues en métal que nous avons déjà vu, rapidement, le premier jour. J'étais curieux, et en effet, en lisant les plaques sur chaque montage de statues, on découvre une œuvre très originale!

Elle reprend le chemin de croix du Christ mais en y introduisant d'autres divinités. Ci-dessus c'est Bouddha qui plaide pour Jésus devant Ponce Pilate. 

On y trouve des dieux égyptiens, africains, grecs, vikings, asiatiques etc. qui tous viennent soutenir Jésus dans son chemin de croix. C'est génial mais pas bien accepté par les Brésiliens, en majorité très religieux et peu ouverts à ce genre de sarcasme universaliste. Ce que confirme la note sur Gmaps: 3.1 😂

https://maps.app.goo.gl/DVtpzd1M1zAwywVDA

Il y a ceux qui détestent (la majorité) et quelques esprits libres 😜.

Après ce quart d'heure artistique engagé, nous passons à ce que les Brésiliens aiment le plus : la gastronomie sur plage, sans oublier de nous retartiner d'anti-moustique. On ne se fera pas avoir 2 fois, la première bataille perdue nous torture encore assez!

Notre balade de retour le long des plages se change en course de vitesse. 

Car, à l'horizon, un front gris menace. 

La pluie diluvienne s'abat sur nous avant que nous ayons atteint le refuge de notre voiture. 

Nous sommes trempés mais c'est de l'eau tiède au moins 😁


SAMEDI 13 JANVIER

Que faire pendant une journée de pluies tropicales continues dans une île?...

Aller prendre le thé avec Frida Kalho bien sûr 😋…

…du lèche vitrine dans les jolies galeries du petit centre ville...

…petite visite à l'église locale entre les averses…

…et au colossal doyen de la place centrale…

…retour à Frida et expos diverses.

Bon c'est pas tout ça ! Je me demandais quand João se déciderait à se mettre à l'eau. Pas assez de vent soit disant! Heu! Ça n'arrête pas de souffler en excès à mon goût 🤔. Tu parles! Et c'est pile quand la faim me tiraille que mon wingfoiler adoré décide que ça y est, les conditions sont bonnes! Bon ben je vais faire patienter mon estomac 🥴

15:42 gonflage. P’tain le vent s'est levé! C'est une succession de grains avant une pluie fine, mais le vent ne tombe pas entre les grains 🤔 et la direction reste assez stable aussi.

15:57 mise à l'eau

15:59 Je vole ! Yesssssss! Ça marche!

En slip en plus! 😂😂😂, on avait (presque) tout laissé à l'appart! Maillot, serviette, etc. Le Wing Foil est toujours dans la voiture 👍 L'eau est vraiment chaude ceci étant dit.

Quelle belle fin de journée!


Comments

  1. Quel beau slip volant!! 👌🏻😘
    Toujours aussi agréables nos lectures de chaque week-end! Merci

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