Épisode 6
SAMEDI 23 DÉCEMBRE
Journée consacrée à l'Institut Inhotim, le plus grand musée d'art contemporain au monde fondé par un milliardaire brésilien dans les années 80.
Bon nous avons fait le détour pas parce-que nous sommes passionnés d'art contemporain mais parce-que l'écrin est un immense jardin botanique de 140 hectares!
Et nous les jardins botaniques, on adore.
Et puis ici, pour profiter de la nature exubérante, il n'y a guère que les jardins botaniques car sinon, c'est à la machette qu'il faut se frayer un chemin (sauf si les garimpeiros chercheurs de diamants sont venus avant).
João joue les guides, carte en main.
Cherchez le guide… 😜
Notre balade commence par une douche tropicale. La saison des pluies est désormais bien installée! Heureusement, les palmiers se révèlent de bons abris.
La plupart des visiteurs utilisent les voiturettes électriques pour sillonner le parc d'une exposition à une autre. Nous, nous préférons bien entendu marcher dans le labyrinthe des allées dallées et des sentiers plus naturels.
Et, plus que les pavillons d'exposition, ce sont les œuvres de Mère Nature qui nous fascinent. Par exemple cet immense eucalyptus qui nous change des allumettes clonées des monocultures qu'on a traversé.
Le seriema, gros oiseau pas sympathique (mieux vaut lui ficher la paix) est chez lui ici.
Bon, on apprécie quand même certaines œuvres en plein air…
…et la beauté des pavillons d'exposition dans leur cadre paradisiaque…
...mais vraiment les œuvres nous laissent perplexes…
C'est quand même très perché l'art contemporain.
Autre choc : nous n'avons plus l'impression d'être au Brésil, nous nous retrouvons qu'entre Blancs dans un parc très propre, très aménagé; l'entrée ressemble à une entrée de Disneyland, ça ne vibre pas ici, ça ne danse pas, ça ne chante pas… on n’est plus au Brésil!
Nous passons assez vite les expos d'art contemporain et flânons dans ce qui nous fascine le plus, l'art naturel…
…même si ces impressionnants bancs de bois massifs sont les squelettes de ce que notre civilisation a détruit: des arbres comme nous n'en verrons jamais, ni nos enfants, ni nos petits enfants, ni…
Ici nous sommes loin de l'Amazonie, mais ici aussi c'était une forêt tropicale : le Cerrado, ¼ du territoire brésilien. Il ne reste pratiquement plus rien (12% bien morcelés) de ce qu'il y avait quand les Portugais sont arrivés.
Si on ajoute l'autre grande forêt tropicale voisine, la Mata Atlantica (15% du territoire brésilien) tout aussi deforestée, on se rend compte que c'est déjà presque la moitié du Brésil qui a été dévasté; grosso modo 8 fois la surface de la France! Et on ne parle même pas encore de l'Amazonie! Ceci dit, l'Europe a tout autant dévasté ses forêts mais il y a plus de mille ans. La mémoire est courte!
Bon. Revenons à un sujet plus cool, les fleurs! La créativité florale est sans limite!
Le trajet déjà assez long depuis notre fazenda auberge à Casa Branca pour cet institut loin des axes principaux se complique au retour. Google propose un trajet qui coupe à travers une de ces grosses mines à ciel ouvert du Minais Gerais. Nous nous retrouvons sur une piste au milieu des montagnes, passant à travers des exploitations minières.
On apprendra 2h plus tard (pour seulement 40km!), à la fazenda, qu'il y a eu ici le plus gros désastre industriel du Brésil en 2019: un barrage de sédiments miniers qui a cédé et embourbé plusieurs villages en tuant 270 personnes. Du coup c'est encore le bazar pour les routes.
Désastre Brumadinho 2019 - Image CNN
DIMANCHE 24 DÉCEMBRE
Nous quittons la belle fazenda dans son écrin de verdure exubérant, l'accueil adorable de Paula et ses amis, et la meilleure caipirinha du voyage, pour reprendre la route vers Ouro Preto.
Il nous faut remonter la route escarpée vers la crête de montagnes qui sépare l’univers luxuriant de Casa Branca où se niche la fazenda au sud, et la mégalopole de Belo Horizonte au nord, deux univers aux antipodes.
Sur le trajet, le relief montagneux est souvent blessé par de vastes mines à ciel ouvert. Et les forêts autrefois exubérantes tiennent difficilement sur quelques creux et vallons.
Nous arrivons rapidement à Ouro Preto où nous avons réservé un appartement; c'est Noël et nous voulons prendre nos aises et surtout cuisiner un peu. Dans la limite de ce qu'on trouve!
Pas de foie gras ni d'huîtres ici! Alors ce sera régime tropical 🍹
En attendant la messe de minuit à 19h dans l'église voisine (une parmi la bonne douzaine de la ville historique) nous partons faire un tour.
A l'horizon, cet étrange piton penché, le Pico Itacolomi, attire l'œil. On a bien envie d'aller y randonner. A voir…
Ici encore comme à Diamantina, ça monte et ça descend furieusement. Sur des pavés.
Ouro Preto ça veut dire Or Noir. Et non, loupé! C'est pas parce qu'on y a trouvé du pétrole. C'est parce qu'on y a trouvé…de l'or! Des tonnes d'or, au XVIII siècle, ce qui a fabuleusement enrichi le Portugal. Et cet or était couvert d'oxide de fer, noir. Voilà !
Bon, pour la messe de minuit à 19h on a trouvé porte close et d'autres déçus comme nous. Le prêtre était parti fêter Noël ailleurs!
Alors on s'est rabattu sur la place principale illuminée.
Avant notre dîner de réveillon couleur locale 😋🥳🍹
LUNDI 25 DÉCEMBRE
Ça nous a pris du temps mais on a fini par trouver notre cadeau de Noël local (et oui, on ne se refait pas 😇): un sentier avec une destination sympa, un mini canyon avec chutes d'eau, la Cachoeira da Mentirosa. On s'en contentera à défaut du pic penché dont l'accès est fermé.
Il fait chaud. La montée est rude, mais le panorama nous encourage au fur et à mesure que nous grimpons.
Ensuite on descend dans le canyon.
Et c'est la surprise à l'arrivée!
Un vrai petit paradis!
Et en plus on arrive à rentrer juste avant un gros orage! Cette fois-ci, on ne se fera pas doucher!
On a beaucoup aimé notre petit cadeau 🎁😍
MARDI 26 DÉCEMBRE
Aujourd'hui sera journée culture locale. Toutes les églises et curiosités ont rouvert après la pause Noël.
Et pour commencer l'église de Saint François d'Assise, c'est le fleuron des églises brésiliennes. Son plafond de bois peint à été récemment rénové et est magnifiquement lumineux. A admirer soit couché sur un banc de prière comme João toujours très pratique, ou le cou tordu au risque de se bloquer les cervicales comme Muriel.
Cette église est l'œuvre des deux plus grands artistes de la période coloniale brésilienne. En particulier les sculptures baroques à foisons sont le produit du talent du “Petit Estropié” (l’Aleijadinho) fils d'une esclave et de son maître portugais qui, devenu lépreux, continua malgré son handicap grandissant et douloureux à faire surgir des merveilles de ses moignons de membres. Art et histoire extraordinaires!
Puis nous faisons un passage obligé par le musée de la ville qui commémore en particulier le début des révoltes indépendantistes de la colonie portugaise, inspiré des idées des philosophes des Lumières Français, même date d'ailleurs que notre révolution 1789!
Et nous partons en montées et descentes ardues vers l'église suivante.
L'église Matriz de Nossa Senhora do Pilar oú nous nous réfugions juste à temps pour échapper au premier déluge tropical de la journée.
Celle-ci regorge de dorures, plus de 400kg d'or recouvrent ses sculptures et autels rococo.
Notre défi du jour, c'est de passer entre les orages qui se succèdent aujourd'hui.
Le second déverse ses trombes d'eau juste comme nous rentrons à l'appartement pour la pause déjeuner.
Et nous échappons de justesse au troisième en pénétrant dans les entrailles de la terre pour la visite d'une des mines d'or voisine.
Toute prospection d'or est interdite désormais mais, au XVIII siècle, ces tunnels creusés par des esclaves au prix de leur courte et horrible vie, ont enrichi phénoménalement le Portugal.
Petite curiosité, le rocher est tellement ferreux qu'un aimant y adhère.
Ce sont les veines de quartz qu'on voit de part en part qui allaient de pair avec les filons d'or.
Et pour finir cette journée historico-culturelle, une dernière église, la Matriz de Nossa Senhora da Conceição qui abrite le tombeau du “Petit Estropié”.
Elle ne manque pas d'angelots pour veiller sur l'artiste phénoménal en tous cas.
Et João trouve que le meuble massif de la salle contiguë est bien excessif pour ranger quelques soutanes!
Encore un superbe plafond!
Nous avons gagné au jeu des déluges tropicaux. Seule notre lessive malheureusement mal abritée a écopé. Pas facile de faire sécher du linge dans cette humidité permanente et sans chauffage! Enfin, comme on s'habille d'un slip, d'un short et d'un tee shirt…
MERCREDI 27 DÉCEMBRE
Nous sommes TROIS 😁!
Lucie, notre jeune nièce qui vient de finir un semestre d'échange au Brésil dans le cadre de ses études d'ingénieur, nous rejoint à Ouro Preto en blablacar depuis Viçosa.
Elle va rester avec nous jusqu'à son vol retour sur l'Europe le 4 janvier. Et nous allons fêter le réveillon ensemble à Copacabana 🎉 🥳
La voiture est pleine à craquer, João a optimisé le rangement de son matos de wingfoil pour que les valises de Lucie puissent loger en plus des nôtres. Avec ce chargement, notre garde au sol est minimale. On espère qu'on ne restera pas coincés en travers d'un des horribles dos d'éléphants ralentisseurs.
Entre Ouro Preto et Tiradentes, notre nouvelle halte touristique, le paysage ressemble souvent à notre chez nous. C'est très agricole, partout.
On n'a pas vu passer les 3h de route jusqu'à Tiradentes. On avait plein de choses à se raconter avec Lucie, enchantée de son expérience brésilienne.
A l'arrivée, João nous lâche jouer les touristes entre filles dans la jolie bourgade bien animée, pendant qu'il se repose dans le petit appartement Airbnb que nous avons loué pour profiter du lieu.
Ville d'héritage historique colonial comme Diamantina et Ouro Preto, Tiradentes est plus affluente et affiche de nombreuses boutiques, cafés et restaurants. Les touristes y sont plus nombreux aussi, c'est sans doute parce que c'est beaucoup plus plat ici; le touriste n'aime pas faire trop d'efforts ! Et les grandes vacances estivales brésiliennes ont aussi commencé.
Signe de fréquentation de touristes aisés et paresseux, les calèches ajoutent leur folklore au charme des rues pavées.
L'église mère est, elle, perchée en hauteur et, du parvis, on apprécie pleinement la beauté des alentours. L'écrin de falaises qui enserre Tiradentes ne fait que rajouter encore au charme du lieu.
JEUDI 28 DÉCEMBRE
Nous laissons Lucie récupérer de son manque de sommeil, fêtes estudiantines obligent! et partons par les rues pavées chercher le départ du sentier menant sur la crête qui domine Tiradentes. Dès notre arrivée elle nous a tenté celle-là.
Nous sommes dans un coin du Brésil huppé où le VTT et la randonnée ont ouvert des sentiers bien balisés.
Des termitières, on en trouve abondamment au Brésil. Fréquentes et nombreuses dans les champs, elles sont l'équivalent local taille XXL de nos taupinières.
Le panorama depuis la crête n'est pas si différent de certains paysages français en fait. Très agricole.
Nous progressons longuement d'un bout à l'autre de la crête, sèche et sans ombre, heureusement le ciel est assez couvert. Sinon on aurait beaucoup souffert.
Chemin de quartz…se pourrait-il qu'on trouve de l'or, ou des diamants? 😜
La descente a basculé sur un vallon qui doit encore ressembler à la savane brésilienne qu'était le Cerrado avant les invasions portugaises.
Après 3 heures de marche, nous arrivons aux “Cachoeiras” les cascades et bassins d'eau fraîche qui sont les points d'attraction les plus fréquentés dans l'arrière-pays loin des plages de l'Atlantique. On s'y est vite mis nous aussi!!
Bien rafraichis, nous reprenons le sentier vers Tiradentes. Très agréable sous le couvert forestier.
Mieux vaut ne pas risquer un orage tropical ici, ça doit se transformer en torrent de boue!
On apprécie différemment la crête en surplomb maintenant qu'on l'a parcouru de bout en bout!
Tiradentes est vraiment une très charmante petite ville. Elle est aussi plus chic et huppée que Diamantina et Ouro Preto dans son style colonial. Et quel écrin cette falaise en arrière plan!
On apprécie l'ombre et les bancs des jolies églises sur le chemin du retour.
Bilan de notre randonnée du jour: 13 km et 400 m de dénivelé, par chaleur tropicale c'est pas mal crevant!
On a bien pris nos repères pour revenir demain avec Lucie aux Cachoeiras. Non on ne lui fera pas marcher toute la crête, on ira direct au plus court, sinon notre adorable nièce va vite nous fuir 😜
Et un bon dîner de gastronomie brésilienne pour reprendre des forces: bobô de camarão, chips de tapioca, peito com mandioca…le tout arrosé de caipirinhas au maracujá.
On s'est régalés 😋
VENDREDI 29 DÉCEMBRE
Journée la plus chaude. On est quand même à 850m d'altitude avec 34°C et une humidité de 80%. Alors l'idée d'aller poser nos hamac dans la fraîcheur d'une Cachoeiras est non négociable.
Mais en chemin, petites visites du musée local très éclectique puis de l'église mère. Beaucoup plus de visiteurs ici. C'est le début des grandes vacances estivales au Brésil et ça se sent!
Nous prenons le plus court chemin pour les Cachoeiras et clairement nous n'y serons pas seuls.
En effet, les baigneurs sont nombreux. Et ça tourne beaucoup. Car, mis à part tendre son hamac entre deux arbres comme nous, il n'y a pas de plage douillette où se poser.
C'est pas la plus jolie des Cachoeiras qu'on ait vu au Brésil mais c'est rafraîchissant et c'est ce qui compte.
Deux hamacs pour 3, vous devinez qui s'est retrouvé assis sur une pierre 😂
Retour à la bourgade caniculaire qui se prépare pour des réjouissances. Le Brésil danse, chante et joue en permanence. 😊
Demain nous repartons direction Rio de Janeiro.
Nature extraordinaire, amazing architecture creative 🤩😍, souvenirs à jamais gravés dans vos mémoires 😘
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