Episode 4

SAMEDI 9 DÉCEMBRE

Routine du jour: filtrer l'eau du robinet qui ne se boit jamais au Brésil. Notre bouteille filtrante commence à s'essouffler, ça prend beaucoup de temps. Peu d'hôtels ont un filtre à eau à disposition.

Le plan B c'est l'eau en bouteille bien sûr, mais le plastique très peu pour nous, ça pollue trop! Alors on pompe… 

Mumu s'offre sa lecture matinale dans le hamac avec panorama de rêve.

Et puis…Journée de bonheur pour João. Résumé en film…

https://photos.app.goo.gl/jPgtqjQPsWidHDqi7


Pas à dire, le winfoil dans une eau à plus de 25°C sur la plage paradisiaque de Baïnema à croiser de grosses tortues marines, on ne fait pas beaucoup mieux!

Il a d'ailleurs fallu que j'arrache João de l'eau avant le coucher de soleil pour notre retour à pattes jusqu'à la pousada, 1h de marche tout de même. 

Sandro a assuré le transport du matériel aller-retour sur son Quad, en échange de quoi nous avons largement consommé dans sa jolie cabane bar restaurant où nous étions les seuls clients.

Adorable Sandro, qui ne sait pas lire (il n'a jamais été à l'école) et à qui j'ai montré comment calculer les pourcentages sur son smartphone pour les comptes de son petit business.🤑


DIMANCHE 10 DÉCEMBRE

João est bien fatigué de sa séance de wingfoil intense de la veille. Alors pour le reposer…on part randonner de plage en plage de Morerê à Boipeba 😉

Pas mal de promeneurs au début…

…Mais bientôt nous avons les plages pour nous…

…Quelques passages obligés par l'intérieur…

…Franchissement de rocailles…

…Un peu de repos en route pour le navigateur fatigué, sous ces arbres aux magnifiques frondaisons épaisses qui poussent sur le sable, baptisés “amandiers” par les locaux paraît-il.

La brouette est l'outil de transport de charges le plus commun dans l'île.

2h de marche depuis le départ à Morerê, la marée a bien monté.

Petite piste forestière avant l'arrivée. Quelques beaux arbres, qui nous rappellent les fascinants “fromagers” de Angkor au Cambodge.

Et des touffes de bambous géants impressionnantes.

Une belle balade. 

João fera le retour à pied, après une longue pause restauration sur le sable à Boipeba. Il s'est bien reposé du wingfoil 😂

PS: moi, au tiers du trajet retour j'ai pris un Quad, trop mal aux pieds dans mes chaussons de rivière, c'est pas fait pour randonner des kms ces escarpins!


LUNDI 11 DÉCEMBRE

Nous quittons Morerê et la belle pousada tropicale d'Antony non sans un dernier délicieux petit déjeuner à papoter ensemble, entre deux clients à orienter. 

Anthony nous a vraiment très bien accueillis. Et quel cadre!

Il aime les arbres et en a quelques beaux exemplaires dans le parc luxuriant de sa pousada. Comme ce sublime “fromager” aux racines tentaculaires.

Par contre c'est un parcours du combattant pour arriver et repartir d’ici. Le paradis insulaire tropical se mérite! 

Donc d'abord transport des bagages en brouette…

…Le long de la plage et dans les rues de sable du village de Morerê, jusqu'au petit centre où attendent les Quads…

Une vingtaine de minutes bien chaotiques en Quad dans les chemins sablonneux du centre de l'île jusqu'à la lisière du bourg de Boipeba…et là, chance! On croise deux carrioles tirées par des mules qui elles ont le droit de traverser le bourg jusqu'au quai (sinon, les 15kg de wingfoil, on se les transportaient à pattes sur les pavés des rues🥵).

Transfert sur les carrioles pour finir le trajet donc.

Puis 40 minutes de bateau rapide, mais plus petit qu'à l'aller et surchargé de passagers et bagages, jusqu'au continent…

…Où nous retrouvons notre voiture de location bien poussiéreuse pour 3h de route pour seulement 170 km jusqu'à Salvador de Bahia!

Les plages c'est fini pour 3 semaines.

Mais l'expédition du jour n'a pas encore atteint son paroxysme car c'était sans compter sur la traversée en ferry obligatoire de l'immense baie de Bahia (la deuxième plus grande au monde).

D'abord la file d'attente :1h au bas mot sous le soleil de plomb…

Puis un ferry en état avancé de délabrement chargé à bloc. 

Et c'est parti pour une traversée qui n'en finit pas avec une attente à l'arrivée car le frère jumeau de notre bestiau décrépi bloque le quai. 1h30 au total donc dans le rafio. Bon on a eu un beau panorama de Salvador au moins!

Du coup nous arrivons après le coucher du soleil alors que tous les locaux et Antony ont bien insisté qu'il ne faut SURTOUT PAS CONDUIRE DE NUIT au Brésil! Risques d'agressions exponentiels!

Heureusement, notre hôtel est seulement à 10 minutes du quai d'arrivée car les rues traversées sont assez glauques. 

Mais l'hôtel lui est fort sympathique, calfeutré derrière de hauts murs et grilles, une prison dorée avec piscine et vue sur le quartier historique très animé, et très bruyant. 

Bienvenue à Salvador de Bahia, la ville du Carnaval permanent! 


MARDI 12 DÉCEMBRE

C'est parti pour une journée très différente de ce que nous avons vécu ces dernières semaines.

Nous avons embauché un guide pour nous faire découvrir Salvador de Bahia, Claudio. Très enthousiaste et passionné de sa ville, il nous raconte son histoire et nous fait découvrir certains personnages emblématiques chez qui nous rentrons!

Comme cette dame de 88 ans qui est une “prieuse”. Avant de nous laisser entrer, elle termine une séance avec une cliente, et une branche est jetée par la fenêtre; surtout ne pas y toucher, la branche “evacue” tous les malheurs de la cliente!

La minuscule chambre de cette vieille guérisseuse (qui consulte aussi par téléphone!) est bourrée de bibelots de culte et de poupées. 

La plongée dans le monde de la culture afro-brésilienne continue avec la Capoeira, le Candomblé, les Orixás…

En résumé? Les esclaves ont inventé la Capoeira pour se défendre, mais cachaient le côté guerrier en y ajoutant la musique et la danse.

Claudio nous fait rencontrer un vieux “Maître” de Capoeira, lui aussi octogénaire, qui enseigne dans le monde entier et même en France à Nancy!

Les esclaves ont aussi “intégré” la religion catholique en donnant à chaque divinité ecclésiastique son équivalent dans leur croyance animiste africaine, interdite elle aussi par les esclavagistes, c'est le Candomblé avec ses divinités, les Orixás.. Pour ne pas se faire punir ils ont été très créatifs; exemple: ok ok, je vais vénérer ton Saint George mais en fait dans ma tête c'est un Orixá, c’est Ogum ! Et Jésus? C'est Oxalá!

Autant vous dire que j'ai fini la journée la tête remplie d'histoires et de noms de déités afro, et que je n'ai rien retenu!

Ha! Si! Y'a la sirène bleue, déesse de la mer, et la jaune, déesse des rivières. Mais celle-ci, en rouge, j’m’en souviens plus, mais elle a un look “rock'n'roll très sexy” 😂

Et après il y a eu le marché populaire, immense, de São Joaquim. On y est resté 2 heures!!! 

Claudio nous a présenté les marchands de statuettes religieuses, fait goûter des dizaines de trucs, sentir tout autant d'herbes…Non, je n'ai pas goûté aux pieds de porc! Mais Mumu a goûté aux farines de manioc et aux crevettes de toutes sortes séchées au soleil. 

Et j'y ai trouvé le chapeau de mes rêves. Déjà bien abîmé, mais c'est le seul qui m'aille! Le vendeur voulait même me le donner 🤔🥴

Le pompon, ça a été les 5 rhums arrangés (cachaça) que Claudio nous a fait goûter chez sa copine. 🤪

Bref! nous ne sommes sortis que vers 14h de ce marché incroyable, la Feira de São Joaquim.

Nous avons juste zappé la partie animaux vivants, Mumu est trop émotive. On a seulement effleuré la section poissons. Qui veut manger du requin juste pêché?!

Heureusement, le rythme de Claudio s'est un peu calmé l'après-midi.

On a visité la grande église de Bonfim et les boutiques religieuses autour. Il y a 365 églises à Salvador de Bahia, une pour chaque jour de l'année, plus toutes les autres religions très nombreuses et leurs propres lieux de cultes…

Ce qui pend du plafond dans cette chapelle des vœux, ce sont des membres en plastique, ex-voto pour demander et espérer la guérison là où ça fait mal en sus des messages et photos plus classiques et de ces milliers de rubans colorés vendus à profusion dans Bahia pour emettre des souhaits!

Pour une fois, on avait un photographe rien que pour nous aussi 😉

Après un court repos dans notre agréable hôtel et un plongeon rafraîchissant dans sa piscine, nous ressortons en solo profiter des animations du centre voisin. 

D'abord une messe au rythme des percussions africaines dans “l'église des esclaves” remplie à ras bord. 

Bientôt Noël ! Sous les tropiques c'est assez original.

Le quartier historique du Pelourinho est illuminé à profusion; Noël est sponsorisé par Coca Cola! Alors on a droit à l'arbre de Noël Coca Cola, le traineau Coca Cola, les projections sur murs d'églises Coca Cola, les chants de Noël Coca Cola…et il est bouclé par les forces policières militaires pour sécuriser le secteur. Ici peu de risques d'agressions. On en profite.

Mais on dormira avec des bouchons d'oreilles. Les bahianais ont aussi déjà commencé les répétitions de Carnaval et ils ADORENT les percussions!


MERCREDI 13 DÉCEMBRE

Bien agréable notre hôtel en plein centre: Pousada da Mangueira. On est au premières loges pour partir à pied sillonner les ruelles historiques. 

Ça monte dur par une ruelle pavée vers le Pelourinho déjà bien animé. 

Les bandes orchestrales se préparent tranquillement (ici autour de João les “Fils de Gandhi” groupe créé par les dockers en grève dans les années cinquante qui avaient émulé avec succès les pratiques non violentes de Gandhi pour obtenir gain de cause).

En tongues sur les pavés chaotiques, et ne lâchant plus son chapeau, João ne passe pas inaperçu 😍

Nous remontons la Rua do Carmo. Le centre historique de Salvador de Bahia est un régal pour les yeux. Les alignements de maisons colorées ornées de volutes et de pignons toutes différents de charme et de gaieté, c'est joli comme tout!

João rase les murs, le soleil est déjà haut et chaud. 

Moi je me régale de cette architecture hyper photogénique.

Notre objectif, le musée de Alexis Belov, un brésilien d'origine ukrainienne qui a fait 5 tours du monde plus l'Alaska et l'Antarctique avec des voiliers construits par ses soins.

Ici le premier, un “petit” 11 mètres. Le musée est passionnant, mais très peu pour moi ce genre d'aventures. Je préfère de loin traverser les océans en avion!

Retour dans les jolies rues tranquilles. Pas beaucoup de promeneurs sous le soleil tropical.

Nous entrons par hasard dans LE resto tendance du coin. Étonnamment pas cher et original et surtout excellent. Mais c'est la première fois que nous avons des serveurs peu agréables. Les Brésiliens nous ont habitués à être toujours souriants et joyeux. 

La balade urbaine reprend, avec arrêts pour visites d'églises richement peintes et ouvragées, juste un petit échantillon des 365! 

Et retour au Pelourinho bien animé. Ce quartier est classé à l'UNESCO. Alors on y croise d'autres touristes…

…et des bahianaises avec leurs vastes robes à jupons et leur coiffes massives qui s'offrent en photo.

Pour descendre sur la ville basse, le mieux c'est d'emprunter les plans inclinés et ascenseurs à la mécanique centenaire. On va garder ça pour demain.

Et nous finissons la journée par la visite du musée du Carnaval. On ne pouvait pas louper ça. 

Surprise du chef, un cours accéléré de samba dans une des salles du musée. 

Rien de mieux pour mettre dans l'ambiance…petit film…

https://photos.app.goo.gl/c6KqHsL6Zgchs9rK9

Oui je sais je n'ai absolument pas le rythme ni le déhanchement, mais qu'est-ce qu'on a rigolé 💃🕺


JEUDI 14 DÉCEMBRE

Salvador de Bahia de Todos Los Santos, c'est le nom complet! 

Traduction : Salvador de la Baie de Tous les Saints. Baptisée ainsi en souvenir de sa date de découverte par les navigateurs Portugais, le jour de la Toussaint.

J'ai ciblé quelques églises particulièrement remarquables dans les 365 du lot Salvadorien. Nous partons donc en visite.

Ma sélection: le couvent et les églises de l'Ordre de Saint François. Il y en a deux, côte à côte, celle de l'Ordre Premier et celle de l'Ordre Troisième. Évidemment João curieux demande où est celle de l’Ordre Deuxième (réponse: quelque part derrière et elle ne se visite pas!).

La façade de la Troisième est de style Churrigueresque, oui oui c'est bien le terme, et ça veut dire en résumé, tout tarrabiscoté.

Ils ont près de 300 ans ces temples du catholicisme conquérant, des planchers massifs, et João, en bon constructeur, ne peut s'empêcher de noter du salpêtre sur les murs. Pas étonnant, vu l’humidité constante.

Mais ils en imposent par leur richesse et leur mobilier massif. Le Brésil, son bois, son or, ses diamants, son cacao, et les esclaves qui s'y sont tué à la tâche, ont été une source d'abondance pour les colons “civilisateurs”.

Le clou de la visite qui nous laisse scotchés, c'est l'église du Premier Ordre, d'un luxe époustouflant, les murs et le plafond au décor rococo poussé à son paroxysme sont couverts de feuilles d'or. On ne sait plus où donner de l'oeil !

Voilà pour la visite des églises sélectionnées parmi la vaste collection de la métropole Bahianaise. Il y avait aussi le cloître et ses superbes azulejos mais bon…passons à la suite…

…La musique, la danse, partout dans les rues; ça répète déjà pour le Carnaval de…février…

Nous descendons par l'ascenseur urbain de la ville historique haute à la ville moderne basse pour aller visiter…la Cité de la Musique.

Un petit film pour donner l'idée…

https://photos.app.goo.gl/eDmHFuuCJJgRJ4ci8

Après le musée du Carnaval visité la veille, nous complétons ainsi notre doctorat en festivités populaires Bahianaises. Bien modernes ces deux musées d'ailleurs. Et cette fois-ci nous avons droit à un cours accéléré de percussions. Mais nous ne sommes pas plus doués à battre le rythme qu'à danser la samba; va falloir pratiquer pour s'afficher au carnaval! 

https://photos.app.goo.gl/X7wKMBm8tBvSgn2v7

Groguis et la tête en tambour, nous rentrons nous reposer à l'hôtel.

Depuis que nous sommes arrivés nous entendons des percussions de 10h à minuit. Ça défile en continu dans les rues. Spectacle permanent.

Demain nous quittons Salvador alors nous ressortons profiter du by-night une dernière fois 


VENDREDI 15 DÉCEMBRE

Longue journée de route aujourd'hui, au moins 6h si tout va bien, pour arriver à Lençois aux portes du Parc National de la Chapada Diamantina bien à l'intérieur des terres, notre prochain objectif avant de commencer le retour vers Rio de Janeiro.

Ça roule fluide dans notre sens pour sortir de la mégalopole de Salvador sur une voie rapide étonnamment efficace. 

Nous traversons des successions de favelas, les banlieues populaires à l'urbanisme anarchique et moche mais pas misérables. C'est du dur, briques et béton brut, pas le bidonville de tôles et cartons.

Nous voilà traversant des étendues immenses et sèches. Beaucoup de camions sillonnent ce vaste pays, plus grand que les USA sans l'Alaska. Nous dépassons même un convoi transportant des pales d'éoliennes.

João est content, ça roule beaucoup mieux que sur la BR101, l'axe routier principal de la côte avec ses dos d’ânes diaboliques. On s'attendait à du très mauvais et finalement c'est une autoroute, payante bien sûr, un peu cabossée, mais sans surprises.

Nous voilà dans l'intérieur et l'ambiance change. C'est sec sec sec ici, même les cactus sont pitoyables.

Et le peu qui arrive à survivre est régulièrement dévasté par les brûlis.

João continue son jeu favori : doubler les processions de camions à rallonge.

Nous retrouvons la luxuriance à l'approche du parc de Chapada. 

Enfin l'arrivée, Lençois. Le centre névralgique du Parc National de la Chapada Diamantina se la joue écolo dès l'entrée…”Poste Écologique” écrit en grosses lettres sur la station d'essence…on ne manque pas de culot ici! 🤪

Après 7h de route il nous tarde de nous poser mais, malédiction, après tours et détours dans la jolie ville historique de Lençois pour dénicher notre pousada du jour, nous trouvons porte fermée et personne! 

C'est le voisin sympathique qui finalement nous ouvre un des bungalows. C'est mignon mais la climatisation ne marche pas et le frigo semble épuisé. Et on n'arrive toujours pas à joindre la propriétaire.

Qu'à cela ne tienne, nous avons besoin de nous dégourdir les pattes et partons sans attendre explorer le gros bourg aux belles rues pavées et colorées. Ce fut la capitale du diamant qu'on récoltait sur les berges des rivières, jusqu'en 1986 quand même. La prospection est interdite depuis.

Nous allons rester posés ici 4 jours, pour faire quoi me direz-vous ? Ben pour randonner pardi!

Comments

  1. Nous voyageons avec vous 🤩. Tout est magnifique, superbes photos, j'adore les petits films 🎥😍

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    1. Merci Evelyne, ça fait plaisir de partager!

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  2. Joli sombrero!!
    Merci pour toutes ces photos et joli recit! 👍🏻

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