Épisode 2

SAMEDI 25 NOVEMBRE

Écrit par Muriel

Il y a forêt et forêt. Nous traversons d'immenses plantations d'eucalyptus. Chez nous ce sont des plantations de pins dans les Landes, ou bien de maïs ou de blé en monocultures intensives. Ici c'est le bois d'eucalyptus. Pauvres forêts, forêts pauvres, qui ont remplacé les jungles primaires riches en essences et biodiversité d'avant l'arrivée des navigateurs Portugais.

Des camions et des trains de wagons ferroviaires s'étirant à l'infini, chargés des troncs anémiques, défilent pour aller nourrir les scieries et les usines de pâtes à papier.

Hier nous en avons dépassé une, comme chez nous à St Gaudens, bien puante.

D'une monoculture à l'autre, parfois les plantations d'eucalyptus défrichées laissent place aux plantations de papayes, on en mange à tous nos petits déjeuners.

Nous finissons le trajet du matin par 20 km de piste de latérite, un raccourci, pour atteindre la sélection plage du jour de João, Conceição da Barra, bled paumé quelque part sur la côte. Et même là, sur la piste, il a fallu qu'ils mettent des dos d'âne taille XXL !

A l'arrivée, surprise! c'est une ville très étalée et pas très sexy qui nous surprend alors qu'on s'attendait à un petit village. Ça sent quand même le bout du monde cette ville sans aucun immeuble et tellement endormie qu'on la croirait abandonnée. Elle s'adosse à un estuaire gigantesque fermé par la barre sauvage des vagues brunes balayée d'un courant d'une rare violence qui lui donne son nom: "Barra".

Le vent est tout aussi brutal. Mais c'est pourtant une ville de pêcheurs. Ils ont du cran les pêcheurs d'ici de se lancer dans de tels flots avec leurs jolies barques de bois peintes gaiement! Elles sont toutes amarrées à quai pour l'instant, en attente de meilleures conditions ou pour le repos du weekend.

Nous déambulons au travers des rues vides de la pointe historique endormie, autour d'une belle petite église tricentenaire blanche immaculée aux liserés bleus, à la recherche du repas du jour. Buffet churrasqueria recherché et trouvé sur la seule placette à peu prés éveillée de l'endroit. C'est l'inverse du "all you can eat" des USA, ici on paye ce qu'on se sert au poids. 

Nous quittons Conceição da Barra non sans un autre tour le long du quai pour admirer les barques secouées par le vent et le courant violent déferlant dans l'immense estuaire.

Pour la suite, nous poursuivons la route sans but précis pour l'arrêt hôtel. On verra!

Du coup, João pousse ses limites de conduite sur cette route intérieure usée et rendue dangereuse par le trafic intense des camions (la BR 101!). Sans même la distraction agréable de jolis paysages, seulement une succession déprimante de monocultures d'eucalyptus alternant avec des platitudes désolantes de fazendas (ranch) d'élevage extensif.

Épuisés de cette longue conduite sportive à doubler camions à rallonge (certains font 30m de long!) après camions gratte-ciel (ou plutôt tour de Pise tant le chargement empilé penche) sur une chaussée désastreuse, nous nous posons enfin à Itamarajú. 

La ville est aux portes d'un parc national soi-disant classé patrimoine mondial UNESCO, le Parc National et Historique du Monte Pascual car c'est dans cette zone qu'en 1500, le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral a "découvert" le Brésil, à Pâques. On vient de l'apprendre, alors on a décidé en dernière minute de pousser jusque là.

La ville nous accueille avec une cavalcade de dizaines de cowboys locaux, bouteilles de bière à la main, qui viennent distraire leur samedi soir dans l'urbanité. Claquant des sabots au trop rapide sur la chaussée où leurs chevaux nerveux partent souvent en glissades, ils maîtrisent merveilleusement leurs montures dans les rues encombrées et pétaradantes.

Voilà un spectacle qui nous réveille de notre torpeur du trajet!

Arrivés à l'hôtel, nous sommes accueillis par la cacophonie de milliers de petits perroquets venant trouver leur perchoir nocturne dans les frondaisons des beaux arbres de la place voisine.

Et pour finir une vue imprenable depuis notre chambre sur les remarquables pitons du Monte Pescoço qui se découpent à l'horizon. Bon ça valait le coup de pousser la conduite! Et demain on part randonner, la suite des plages attendra...


DIMANCHE 26 NOVEMBRE

Écrit par João

Ben ça fait une bonne semaine qu'on vadrouille au Brésil!

On a fait pratiquement 1000km depuis Rio, et nous sommes encore à 600km de Salvador.

A, c'est Rio, B c'est Salvador.

On a pas roulé beaucoup de km par jour car la moyenne est de 50km/h.


Aujourd'hui on commence par quitter la route BR101 pour essayer de trouver un sentier de randonnée vers le Mont Pescoço qui nous fascine avec son profil de piton dressé vertical au-dessus des ondulations du paysage.

On a pas mal hésité à prendre ces ponts “Canadiens” (qui bloquent les vaches) mais avec l'aide de Muriel qui me confirmait l'alignement des pneus avec les poutres en bois, c'est bien passé. On en a eu quand même 4 à passer.

Finalement, la route s'est arrêtée avant le début du sentier. Il y avait un portail et des chiens. Zut! En plus on a 4 ponts douteux à retraverser.

Et pourtant que c'était beau! Ça me fait penser à Jurassic Park.

Du coup on se rabat sur le parc national du Mont Pascual, le mont historique vu par le navigateur portugais Cabral quand il découvrit le Brésil!

Ça sera beaucoup moins “aventure” mais au moins on est garantis de quitter les plaines à vaches et de rentrer dans la verte!

A l'entrée de la réserve, les locaux indigènes se sont empressés de mettre leurs plumes à notre arrivée pour mieux nous plumer: l'équivalent d'une nuit d'hôtel pour monter et descendre 400m sur 2km.

Il fait chaud et très humide et la forêt chante avec ses oiseaux et ses singes; la montée s'avère très rude, Muriel et moi sommes complètement trempés de sueur tandis que notre jeune accompagnateur de 12 ans n'a pas une goutte sur son front! Et en plus il fait ça en tongues!

Il aime beaucoup nos jumelles mais nous fait quand même remarquer qu’avec un drone on y voit beaucoup mieux🤣🥴.

On arrive sans encombre au sommet, 1700m de longueur, avec un panneau tout les 100m et retour par le même chemin, on pouvait pas se perdre !

Histoire de pimenter le retour, j'ai failli mettre mon pied sur ce serpent. Il est bien nonchalant et pose pour la photo, sans aucune agressivité. Heureusement car il est très venimeux, on l’apprendra plus tard 😱, c'est un Jararaca.

On fini notre rando par une petite boucle après la descente qui nous emmène au pied de quelques géants de la forêt. Des rescapés de notre civilisation!

Et pour finir, des singes nous rendent visite, pas loin de notre table de picnic. Pendant que deux gourmands s'arrachent l'écorce d'un pauvre jaquier et se délectent d'insectes(?), d'autres batifolent dans les frondaisons. Ils sont incroyables d'agilité dans les arbres, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur sur les branches, ils sautent, s'accrochent, glissent, se pendent à leurs membres, queue incluse! Quel spectacle!

On reprend la route et après 2h30 de BR101, quelques rencontres cavalières toujours aussi distrayantes,

nous nous installons pour quatre nuits dans une jolie pousada à Arraial d'Ajuda, au bord de la mer. Ici c'est ambiance Resort chic avec belles propriétés entourées de murs bien hauts qui cachent la mer et la vue, et accès aux plages par des couloirs entre des murs avec barbelés. Bon. On cherchera demain des plages plus accueillantes !


LUNDI 27 NOVEMBRE

Écrit par João

Journée repos 😉

Je commence par rencontrer un joli scarabée. Puis on part au centre de Arraial d'Ajuda pour y faire quelques courses, les meilleurs fruits ici en ce moment c'est les ananas, les mangues et les papayes.

Mais au premier plan ce sont des fruits de Cacao. On peut en faire un smoothie apparemment, à suivre.

Ensuite on part visiter Trancoso, connu pour sa grande place, l'église de 200 ans d'âge (c'est très vieux ici!) au bout qui surplombe la mer et les petites maisons colorées de pêcheurs alignées de part et d'autre, et qui sont maintenant des restaurants ou des “pousadas”, gîtes.

Tout est très mignon ici.

On finit la journée à la plage où, malheureusement pour mes envie de naviguer sur mon wingfoil, le vent est éteint. Et Mumu est privée de baignade, c'est son tour d'être enrhumée. On n'a pas idée d'être enrhumée sous les tropiques 😜!

Le sable farine, l'eau chaude turquoise, les cocotiers…c'est beau!


MARDI 28 NOVEMBRE

Écrit par Muriel

Un petit coin de paradis cette pousada. Je suis réveillée par les envols musicaux des petits perroquets venant visiter de bon matin le jardin piscine central. 

Il fait déjà chaud et humide, tropical quoi!

Petit yoga matinal sous les cocotiers puis petit déjeuner torse nu, chaleur oblige, dès 8h. Pas de murs, seulement des voilages pour profiter des brises occasionnelles.

Aujourd'hui nous partons visiter Porto Seguro. C'est là que le navigateur portugais Pedro Álvares Cabral a accosté suite à 45 jours de navigation à travers l'Atlantique, en 1500 à Pâques, après avoir aperçu au loin le Monte Pascoal que nous avons grimpé il y a 2 jours. Il ne se doutait pas que sa découverte de cette terre inconnue ouvrait une nouvelle page d'Histoire.

Courte traversée sur un bac entre Arraial de Ajuda et Porto Seguro pour nous!

Une barre de rochers protège l'entrée de l'estuaire de Porto Seguro des vagues de l'océan d'où le nom (Port Sûr).

D'ailleurs tout le long de la côte ici est protégé par des barrières de rochers nus, au grand dam de João qui a du mal à trouver un plan d'eau de profondeur suffisante et sans danger de collision pour son empennage sous-marin.

Les rues de Porto Seguro, pavées et bordées d'anciennes maisons de pêcheurs éclatantes de couleurs sont des plus photogéniques.

Mais c'est une fournaise, on ne s'attarde pas.

Malgré l'importance historique de cette ville où fut fondé le Brésil, nous ne trouvons qu'un petit parc servant de musée mémorial. La guide adolescente y débite son script comme un gramophone, impossible à comprendre!

Nous nous attardons un peu pour revoir les maigres reconstitutions. Une vaste maison tribale avec quelques objets ethniques poussiéreux.

La reconstitution de l'embarcation de Cabral. Il fallait avoir un sacré courage ou une totale inconscience pour s'embarquer vers l'inconnu sur ça ! Où la jeune guide, dans son moment d'explication final (elle est enfin sortie du mode gramophone) nous explique comment l'équipage se débrouillait pour le gros besoin naturel (par dessus le bastingage, on imagine la gymnastique pour ne pas basculer dans les flots !) et le nettoyage associé (une corde commune pendant jusqu'à l'eau pour nettoyage automatique dans la mer entre chaque besoin!!!). Créatif!

Cherchez bien j'y suis…

La bonne surprise de la fin, c'est la famille des petits singes adorablement vifs qui viennent nous distraire pendant que nous nous désaltérons d'eau de noix de coco avant de quitter le parc.

La vieille ville au dessus de la falaise surplombant la côte a heureusement gardé églises et beaux alignement de maisons de pêcheurs colorées, quelques arbres majestueux aussi,

et une stèle commémorative du débarquement de Cabral.

Mais c'est la démonstration de cuisine de dames Bahianaises et les explications hilarantes d'un guide féru d'épices “chauds chauds chauds” (c'est-à-dire incendiaires…une gouttelette seulement !) qui retient le plus notre attention.

Il est temps d'aller explorer le littoral, d'autant que nous transpirons à grosses gouttes. 

Ici la route longe les successions de plages ombragées sans privatisation derrière de hauts murs barbelés, on préfère largement. 

Du coup on s'installe sous un bel ombrage devant une cabane restaurant dont le propriétaire est très accueillant. J'y pend mon hamac et João assemble son wingfoil.

Hélas, le vent ne sera pas suffisant et il fera une sortie avortée. Surprenant comme une brise rafraîchissante souffle sur la plage mais rien sur l'eau. En tous cas on comprend l'addiction des brésiliens aux plages. Elles offrent une précieuse fraîcheur relative.


MERCREDI 29 NOVEMBRE

Écrit par Muriel

Je galère plus à éliminer mon rhûme que João le sien, déjà bien guéri. Du coup je décide de rester buller dans notre jolie pousada jardin pendant que João part profiter du vent au rendez-vous aujourd'hui sur une plage voisine. 

On peut faire pire qu'une journée hamac pour tenter de traiter un rhûme !

Mais il n'y aura pas de photos du navigateur aujourd'hui, je n'étais pas là pour les prendre.

Il rentre enchanté mon athlète, il a même rencontré l'autre wingfoiler du bled, bien plus jeune que lui. Un portugais-americain-bresilien (qui dit mieux!) qui tient une pizzeria locale.

Pas à dire, le repos hamac, ça aide! 

João est crevé de sa session wingfoil mais moi ça va mieux, alors on va faire un tour dans Arraial d’Ajuda by-night.

Rues animées, jolie petite église des origines, elle a presque 500 ans!

La récompense du guerrier, jus de fruits tropicaux et pulpe de cacao. Servi dans la calebasse du cacao. Ça n'a pas du tout le goût de cacao, car le cacao ce sont les grosses graines qu'il faut longuement travailler pour en tirer la poudre autochtone. Le jus lui utilise la pulpe.

Ici on se gave de fruits: ananas, mangues, papayes, maracuja…dont le goût est tellement plus savoureux que ceux importés dans nos supermarchés. 


JEUDI 30 NOVEMBRE

Écrit à 4 mains 🤗

A 5h le soleil est déjà levé, et couché avant 18h. Du coup on vit avec depuis notre arrivée. Levés tôt, couchés tôt, comme les oiseaux qui viennent chanter le matin dans les cocotiers de notre pousada. 

Envie d'une balade matinale. Il n'est pas encore 7h et le soleil chauffe déjà la plage. Ici, il se lève sur l'océan. 

Jolie cabane d'un pêcheur, qui s'appelle João, comme il l'annonce en peinture sur une planche décorative: “João pescador”.

Notre João, lui, s'offre un long repos matinal après la journée wingfoil de la veille et avant l'après-midi de répétition marine. 

Car on a décidé de rallonger notre séjour d'une journée, du vent étant annoncé et João rêvant de se remettre à l'eau. 

Repos physique donc, mais nous en profitons pour planifier quelques étapes clé de notre itinérance à venir. 

Pour João les randos dans un vaste parc national: La Chapada Diamantina, pour Muriel le réveillon à Rio de Janeiro sur la plage de Copacabana. 

Les nomades que nous sommes ne peuvent pas toujours atterrir en dernière minute!

Et voilà le navigateur reparti à l'eau.

Pendant que Muriel bulle avec délices à la pousada, rhume en rémission.

Le vent sera en fait plutôt décevant aujourd'hui, mais João continue d'apprendre sur cette mer agitée.

Il arrive presque à faire des jibes!

Retour à la pousada à pied, et un peu chargé, matos portable mais pas sur des kilomètres 😂

Demain on reprend la route après 5 nuits au même endroit !


VENDREDI 1 DÉCEMBRE

Écrit par Muriel.

Prochaine destination vers le nord: Itacaré, 400 km, 6h30 de route. 

Nous retrouvons avec joie et délectation les successions de dos d'âne style Everest qui nous propulsent en orbite si on tente de les passer à plus de 10km/h; João jure qu'il ne se plaindra plus jamais des adorables ralentisseurs français!

Retour dans le monde agricole des monocultures, de papayes en particulier. 

La méthode la plus rapide, efficace et radicale de défrichement: le brûlis!

Avec souvent perte de contrôle, vraie ou ou prétendue, car celà sert bien les intérêts des éleveurs en particulier pour étendre leurs pâturages essoufflés à bas prix. Et la forêt part en fumée avec sa biodiversité.

Nous en avons vu fréquemment des zones de brûlis. 

Mais là c'est le bord de la route. Et c'est actif.

Trop actif! On serre les fesses en traversant.

Nous rejoignons la BR101, épine dorsale routière du sud au nord la plus proche de la côte. Et c'est reparti pour les processions de camions, dans un paysage ondulé de ranchs extensifs qui ont remplacé la “Mata Atlantica”, la jungle atlantique, d'origine en laissant seulement quelques bosquets dans les creux ou les sommets des collines. João patiemment, prudemment, double les camions à double voire triple remorques, jusqu'à 30 mètres, poussifs.

On sait qu'on rentre dans les terres de culture du cacao parce-ce-que le paysage se recouvre de forêts denses, belles, luxuriantes. Les plants de cacao poussent mieux sous le couvert des grands arbres, alors les grands propriétaires exploitants ont préservé la forêt sur leurs terres. 

Il faut manger moins de viande et plus de chocolat si on veut sauver les forêts tropicales !

Mais nous ne trouvons à déjeuner bien sûr que la grande cantine churrasqueria de station service, ce que mes collègues, lors de nos voyages d'affaires au Brésil, qualifiaient de “Death by Meat” (mort par la viande)!

A 30 minutes de notre destination, après 6h de conduite, João a besoin d'une pause. Il faut dire qu'on longe l'océan depuis une heure, ça l'attire.

Une petite balade sur le sable, une noix de coco fraîche et le chauffeur est regaillardi. 

L'arrivée à Itacaré est épique, un labyrinthe de rues étroites serpentines et pavées qui se complique par des blocages imprévus. Le GPS ne sait plus où donner de la tête ; après plus de 6h30 de conduite João non plus. 

Mais notre pousada mérite l'effort. Cabanes de bois nichées dans un luxuriant jardin tropical, et à quelques minutes de la plage où nous arrivons à temps pour profiter du coucher de soleil.



Comments

  1. Episode 2: Triste à cause de la déforestation et du brûlis mais enjoué grâce à vos envies de visiter des univers plus éclectiques les uns que les autres, même si le chemin peut être périlleux (je fais allusion aux ponts canadiens !).

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